Menu

Articles

L’association Roaar récupère des fauves de cirque arrivés à l’âge de la retraite. Elle a déposé un permisde construire mais le terrain est en zone agricole. Le maire n’y est pas favorable

Par Aurélie Féris-Perrin

Le tigre Rian et Simba le lion ont 11 ans. Ils peuvent vivre jusqu'à 25 ans. Les cinq fauves installés sur place ont tous travaillé avec Sandrine Le Bris.
Le tigre Rian et Simba le lion ont 11 ans. Ils peuvent vivre jusqu’à 25 ans. Les cinq fauves installés sur place ont tous travaillé avec Sandrine Le Bris.PHOTOS SERGE MERCIER

Le sous-préfet Serge Gouteyron interrogé sur le sujet cet hiver rappelait que la situation était régulière. Aucune infraction n’avait été constatée.

En mai, six des 11 fauves sont repartis dans leur cirque puisqu’ils étaient là pour du gardiennage. Les cinq autres appartiennent à Sandrine Le Bris, dresseuse dans un cirque pendant 27 ans et qui a décidé de tout arrêter en même temps que ses bêtes qui partaient à la retraite. Il y a six ans avant de stopper son activité, elle a créé l’association « Roaar » dans ce but. Elle s’est installée sur une partie d’un terrain privé appartenant à Thomas Patermo, sur lequel est établie depuis six ans une écurie privée de dressage sur 2,5 hectares.

Chevaux, lions et tigres cohabitent sans problème dans des cages évidemment séparées. À quelques mètres des chevaux se trouve donc un enclos à ciel ouvert de 100 m² avec tronc d’arbre (en guise de jouet pour fauves !) et une petite piscine pour les tigres qui adorent l’eau. À l’arrière, un semi-remorque fait office de dortoir.

Étude acoustique

« À la suite de l’arrêté pris par le maire en juin, j’ai lancé une étude acoustique. L’expert a relevé 20 décibels sur le terrain alors que la moyenne est de 40. On entend plus les tracteurs, les voitures et les chiens qui aboient que les fauves. On a de nombreuses attestations de voisins qui nous soutiennent et disent qu’ils ne sont en rien gênés par le bruit, notamment les voisins les plus proches« , explique Sandrine Le Bris qui avec l’association a pris un avocat pour attaquer cet arrêté.

Avant de reprendre : « On a déposé un permis de construire pour environ 450 m², début juin. On voudrait monter un bâtiment ainsi qu’un enclos pour les animaux et une partie pour nous car on veut s’installer de manière pérenne. Ainsi, ce lieu pourrait accueillir jusqu’à 22 fauves. Je vis dans une caravane avec ma fille de 11 ans. On est très à l’étroit. Je ne demande pas plus de 70 m². Le maire avait peur pour la sécurité de ses concitoyens avec l’arrivée des animaux sauvages. Bâtir en dur permettrait de régler définitivement cette crainte pour lui. On attend le mois de septembre pour voir si la municipalité va nous l’accorder mais on ne se fait pas trop d’illusion. On attend en parallèle l’accord de la préfecture évidemment pour notre activité », reprend-elle. Sandrine Le Bris a effectivement fait une demande (auprès des services de l’État) d’autorisation d’ouverture pour un établissement d’élevage fixe. Le dossier est en cours d’instruction, « il semble complet« , a rappelé hier le sous-préfet. Elle devrait déposer un second dossier pour l’accueil du public sur le site. Car l’objectif de l’association à terme est de faire venir des enfants pour expliquer la vie des animaux sauvages au plus grand nombre.

« Je ne suis pas contre le projet »

Le tigre Rian et Simba le lion ont 11 ans. Ils peuvent vivre jusqu'à 25 ans. Les cinq fauves installés sur place ont tous travaillé avec Sandrine Le Bris.
Le tigre Rian et Simba le lion ont 11 ans. Ils peuvent vivre jusqu’à 25 ans. Les cinq fauves installés sur place ont tous travaillé avec Sandrine Le Bris.PHOTOS SERGE MERCIER

Pour le maire, le terrain n’est pas fait pour l’accueil d’animaux sauvages car il est situé en zone agricole : « Je ne suis pas contre le projet mais pas sur un terrain agricole. Je ne suis pas pour ce permis de construire car j’y vois aussi un moyen de construire une habitation sous couvert de cette association. Je ne peux m’opposer à un projet valable. Mme Le Bris est une éleveuse pro, je n’en doute pas. Si elle veut construire, elle doit le faire sur une zone naturelle.« 

Cette dernière rappelle pourtant que toutes les études disent que sur une zone naturelle, « ce serait infaisable. Car sur ces parcelles, on doit laisser la nature telle quelle mais si un incendie se déclare, ce qui est très possible en Provence, je fais quoi avec mes fauves à évacuer ?  » Quant à Thomas Patermo, il souligne que « c’est bien dommage d’en arriver là. On aurait voulu trouver un accord à l’amiable avec la mairie, c’est une activité saine, sans ambiguïté. Je ne demande à construire aucune villa.« 

Et de reprendre : « J’avais la possibilité de prendre en gardiennage deux éléphants d’un cirque français cet été. Mais pour ne pas attiser les tensions, j’ai dit non. Du coup, ils ont été envoyés en Italie avant de revenir en France. Ça fait beaucoup de trajet pour ces bêtes et pour rien. C’est dommage. »

Amie de Stéphanie de Monaco avec qui elle partage l’amour inconditionnel des animaux sauvages, Sandrine Le Bris ne pourrait pas vivre sans eux. Elle les soigne, les nourrit, les bichonne, les engueule parfois comme on le ferait avec ses propres enfants : « Je ne vois pas ma vie sans tigres ni lions. Ils sont ma famille. Ils m’ont permis durant des années de gagner ma vie. Je ne vais pas les jeter à la poubelle. C’est un minimum que de leur rendre la vie plus belle maintenant. Quand un animal part à la retraite, un cirque n’a pas l’autorisation de le garder. Alors, on fait quoi ?« 

Pays d’Aix : des fauves installés sur un terrain privé sèment le trouble

Onze tigres et lions sont accueillis à proximité d’une écurie privée depuis le 2 février. De l’hivernage pour les uns et une retraite bien méritée pour les autres. Le maire, lui, n’en veut pas

Par Aurélie Féris

Tigres et lions se partagent des enclos aux normes. Cinq d'entre eux sont à demeure. Les six autres devraient partir fin mars.
Tigres et lions se partagent des enclos aux normes. Cinq d’entre eux sont à demeure. Les six autres devraient partir fin mars.PHOTOS DR

En fait, ils sont onze fauves : « cinq sont ici à demeure, en retraite bien méritée, explique Sandrine Le Bris, dresseuse dans un cirque pendant 27 ans et à la tête de l’association « Roaar » (en référence au cri du lion !) dont le but est de protéger les animaux sauvages. Les six autres sont ici jusqu’à fin mars. »

« Quand ils sont en vacances, ils sont mieux ici que dans un cirque. Car quand ils ne travaillent pas, le cirque est obligé de les trimballer de ville en ville à moins qu’ils aient un lieu comme le nôtre. Les fauves peuvent se reposer dans de bonnes conditions« , reprend Thomas Patermo, propriétaire du terrain à Trets où est installée également une écurie privée de dressage. Il accueille depuis le début du mois l’association de Sandrine et l’aide au quotidien à nourrir les fauves (voir ci-dessous) dans deux enclos aux normes de 100 m² chacun, accompagnés de semi-remorques faisant office d’abris.

Interrogé sur le sujet, le maire Jean-Claude Féraud, ne décolère pas depuis qu’il a appris la nouvelle : « C’est quand même fou que l’on ne nous ait pas prévenu. Je découvre ça avec des voisins qui sont venus se plaindre, note-t-il. Je me suis rendu sur place. J’ai vu le propriétaire des lieux et suis tombé sur des tigres et des lions installés dans des cages. Ce serait du gardiennage d’animaux sauvages. J’ai fait part au propriétaire des lieux de mon mécontement. Ça m’a beaucoup inquiété de savoir que des animaux sauvages sont installés ici. Nous y sommes évidemment totalement opposés et nous avons pris un arrêté d’interdiction sur l’accueil et l’installation d’animaux sauvages sur tout le territoire communal. C’est une sorte de principe de précaution. Qui nous dit que ces animaux ne pourraient pas s’échapper quand on va les nourrir ou les soigner ?« 

Le maire a également alerté la préfecture et « j’attends l’intervention des services de l’État pour faire cesser cette situation. Les propriétaires me disent aussi qu’ils veulent accueillir du public. C’est impensable ! » (voir ci-dessous).

Le sous-préfet Serge Gouteyron explique, lui, qu’une réglementation sur l’hivernage des animaux sauvages et dangereux s’applique dans ce cas précis.

« La situation est régulière. L’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ainsi que la gendarmerie sont allés sur les lieux. Ils n’ont constaté aucune infraction à la loi en ce qui concerne l’hivernage de ces animaux pour le compte d’un cirque. Et je tiens à préciser que ce cas n’est pas unique dans le département. Je comprends que le maire ait été surpris de cette installation. On aurait dû le prévenir, c’est un minimum. Surtout si les fauves sont à demeure. Dans ce cas-là, il faudra ensuite déposer un dossier si la structure devient un établissement d’élevage, ouvert toute l’année. Enfin, si l’association souhaite accueillir du public, elle devra demander l’avis du maire et de la CDNPS, commission départementale de la nature, des paysages et des sites.« 


« Les fauves qui n’intéressent plus les cirques méritent une belle retraite »

Thomas Patermo est à la tête d’une écurie privée de dressage depuis six ans sur un terrain de 2, 5 hectares, à quelques mètres seulement de l’actuel centre de secours. Sandrine Le Bris, 47 ans, a été dresseuse pendant 27 ans dans des cirques et aime plus que tout les animaux sauvages. Normal donc qu’elle soit une amie intime de Stéphanie de Monaco, elle aussi, grande défenseuse de la cause animale qui a sauvé il y a quelques années deux éléphants dont plus personne ne voulait et qui étaient destinés à être euthanasiés.

« J’ai créé mon association Roaar il y a quatre ans alors que je travaillais encore. Je cherchais à m’installer pour mettre en pratique mon idée. »

Le but de l’association donc, c’est de protéger les fauves et sauver notamment certains qui pourraient être maltraités mais aussi de leur offrir une belle retraite : « Au départ, je voulais installer les fauves au parc Longchamp à Marseille et faire de la pédagogie à destination surtout des enfants. Et puis, j’ai rencontré Thomas. On a décidé de monter ça ensemble. » Une structure quasiment unique qui permet de recueillir des animaux sauvages dont on ne veut parfois plus. Mais attention, un maximum d’une dizaine de bêtes.

Le 2 février, le rêve de Sandrine est devenu réalité : elle s’est installée à Trets avec trois lions et deux tigres qui ont travaillé avec elle durant des années. « Je suis très attachée à eux. Je ne pouvais pas m’en séparer et ils méritaient une belle retraite. Je ne vois pas ma vie sans tigres ni lions. Ils sont ma famille. Ils m’ont permis durant des années de pouvoir gagner ma vie. Et puis j’ai décidé d’arrêter mon métier. Je ne vais pas pour autant les jeter à la poubelle. C’est un minimum que de leur rendre la vie plus belle maintenant. »

Sur place donc, une partie du terrain est destinée aux chevaux et une autre bien séparée accueille deux enclos à ciel ouvert de 100 m² chacun, ainsi que des semi-remorques pour les protégér du froid et du vent. « Les lions sont trop sensibles au froid. L’un d’entre eux a déjà eu une otite la semaine dernière », reprend la dresseuse qui vit sur place dans une caravane. Six autres lions et tigres sont ici en hivernage pour le compte d’un cirque histoire de ne pas avoir à les trimballer de ville en ville alors qu’ils ne travaillent pas durant cette période. Ceux-là seront partis d’ici la fin du mois de mars. Les fauves sont nourris une fois tous les deux jours par Sandrine et Thomas. L’association possède aussi un vétérinaire attitré. Evidemment côté procédures administratives, tout est en règle avec la direction des services vétérinaires mais aussi avec l’ONCFS (voir plus haut) qui est venu contrôler le site le 3 février. « Toutes les normes de sécurité sont respectées. Le rêve, c’est évidemment de pouvoir construire des enclos en dur mais pour cela, il faut que l’on nous accorde un permis de construire et il faut aussi de l’argent. Mais je tiens à préciser que l’on n’est ni un zoo ni cirque. A terme, on voudrait proposer des visites guidées et pédagogiques devant les cages. Comme pourquoi pas un goûter devant les fauves et expliquer ce qu’ils mangent, qui ils sont… Mais tout cela a un coût, on ne va pas se mentir. Il faut vivre aussi. La viande pour les fauves coûte environ 600 euros par mois et les médicaments, si on a de la chance, revient à 1000 € par an mais on peut y rajouter un zéro si les maladies s’enchaînent. Car nous avons sur place surtout des animaux vieillissants qui ont comme nous besoin de plus de soins au fil des années. »

Avant de reprendre sur cette arrivée très commentée des fauves sur la commune : « On trouve que c’est de l’acharnement. On ne demande rien à personne. On fait tout dans les règles. Ceux qui parlent beaucoup ne sont même pas venus nous voir. Ils ne connaissent rien à ces animaux. A part un riverain dimanche après-midi. Quand il a appris notre but et pourquoi on faisait ça, il nous a proposé gentiment de lancer une pétition pour faire aboutir notre projet de visites guidées avec les enfants », conclut Thomas Patermo.